Séminaire « Changements environnementaux et société » (CHASE)

Un lieu de rencontres et de dialogues interdisciplinaires autour de l’analyse des dynamiques écologico-politiques des régions et territoires d’Amérique-caraïbe

Le séminaire « Changements environnementaux et société » (CHASE) se veut un lieu de rencontres et de dialogues interdisciplinaires autour de l’analyse des dynamiques écologico-politiques qui traversent les régions et territoires d’Amérique-caraïbe. Les interventions proposées, ouvertes à la mise en regard d’autres situations géographiques, offrent également à des chercheurs extérieurs au laboratoire l’opportunité de venir présenter leurs travaux.

2020

Victor David (IRD Nouméa-GRED), « Biodiversité Sans Frontières. Réflexions autour de l’Océan Pacifique comme sujet de droit », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 23 janvier 2020.

Dans le contexte actuel de déclin de la biodiversité mondiale, nous faisons le constat que la plupart des mécanismes juridiques de protection de la nature et ses éléments et du vivant en particulier, s’appuient, d’une part sur la hiérarchisation et d’autre part sur la territorialisation de la nature, pour édicter les règles la concernant. Si les frontières nationales terrestres et maritimes nous viennent d’abord à l’esprit, on observe en « zoomant » une multiplicité d’espaces différenciés, le plus souvent sur des critères anthropocentrés. C’est le cas des catégories d’aires protégées de l’UICN à l’intérieur des zones sous souveraineté nationale ou des différentes « zones » du droit international de la mer. La propension à créer (à l’instigation ou non de certaines ONG internationales), des AMP « XXL » dans les eaux sous souveraineté, ou la recherche d’un statut juridique dans le cadre onusien pour la biodiversité dans les eaux au-delà des juridictions nationales, relèvent entre autres de cette logique territoriale que nous entendons ici questionner en prenant l’exemple de l’Océan Pacifique. En effet, l’unité intrinsèque de la biodiversité terrestre et marine, où qu’elle se trouve, et les représentations et conceptions de la nature comme étant symboliquement une dans la plupart des sociétés traditionnelles, nécessitent que le droit qui la protège la considère également comme telle et s’affranchisse de frontières. Les droits de la nature en construction depuis quelques années ont fait de cette unité un de leurs piliers et il n’y aurait rien d’incongru à penser la protection de l’Océan sous cet angle, d’autant que l’on n’est pas totalement en terra incognita : le besoin de protection transfrontières d’écosystèmes, c’est-à-dire des éléments de la nature interdépendants formant un ensemble, a été déjà été reconnue par le droit comme option quasi-incontournable dans le cas de fleuves, dont certains ont précisément été reconnus récemment sujets de droits.

Docteur en droit et sciences sociales (Paris Sciences et Lettres/EHESS), Victor David est actuellement chargé de recherche au Centre IRD de Nouméa en Nouvelle-Calédonie et membre de l’UMR IRD/Université de Montpellier, GRED (http://gred.ird.fr/). Il a été accueilli au LC2S à l’Université des Antilles durant 6 mois en 2019 dans le cadre d’une mission longue durée.

Il sera affecté par l’IRD en Martinique à compter du 1er mai 2020.

Ses activités de recherche et son expertise sont axées sur l’évolution du droit de l’environnement, les droits de la nature, le droit et les stratégies politiques d’adaptation au changement climatique. Il s’est aussi intéressé à la protection juridique des déplacés environnementaux en Océanie et à la coopération régionale et à la géopolitique du Pacifique Sud.

Il est titulaire d’une licence en droit, de maîtrises en littérature anglaise, en sciences politiques (Université de Paris-X Nanterre) et d’un DEA en anthropologie juridique (Université de la Nouvelle-Calédonie). Il a déjà un nombre important de publications et de participation à des conférences scientifiques à son actif.

Victor David a débuté sa carrière dans l’administration de l’ORSTOM/IRD (Dakar, Brazzaville, Paris et Nouméa) avant de devenir Secrétaire général adjoint du Congrès de la Nouvelle-Calédonie (2001) et plus tard en 2007, Directeur général d’une société d’économie mixte pionnière dans le secteur de la gestion des déchets ménagers dans le Grand Nouméa. Il est revenu à l’IRD en janvier 2011, se réorientant vers une carrière à plein-temps dans la recherche et l’expertise. Il est actuellement chargé de l’appui scientifique du projet d’élaboration participative du Code de l’environnement de la Province des îles Loyauté et d’une étude de faisabilité de la reconnaissance de la personnalité juridique de l’Océan Pacifique (plus de détails sur le site du GRED et les pages personnelles Linkedin).

2019

Madly Etilé (LC2S/Université des Antilles), « Entre communication et transfert d’information : comment valoriser les apports scientifiques d’un retour d’expérience après une catastrophe ? », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S-ANR TIREX (organisé conjointement avec l’équipe FRACAGE), Université des Antilles, jeudi 12 décembre 2019.

Cette communication est proposée dans le cadre du projet ANR TIREX : Transfert des apprentIssages de Retours d’EXpériences scientifiques pour le renforcement des capacités de réponse et d’adaptation individuelles et collectives dans un contexte de changement climatique (Petites Antilles du Nord – saison cyclonique 2017).

S’inscrivant dans le contexte du changement climatique, le projet ANR TIREX a pour enjeu principal « de renforcer l’adaptation des sociétés antillaises à des aléas hydro-climatiques locaux ». Dans cette voie, il insiste sur la détermination des conditions et des modalités du transfert d’information – acquis scientifiques – favorables au « renforcement de la résilience » des populations et des décideurs. Comment l’approche communicationnelle s’inscrit-elle dans ce projet de recherche et renseigne-t-elle la question du transfert des connaissances scientifiques ? Nous proposons dans cette présentation de nourrir la réflexion autour de cette question à partir des premiers résultats d’une enquête qualitative menée auprès des populations saint-martinoises, suite au passage du cyclone Irma en septembre 2017. Il s’agira de montrer, dans un premier temps, comment la communication sociale des risques, en tant que lieu d’observation empirique, autorise la reconstitution de logiques d’actions et la mise en évidence de significations singulières de la part des populations concernées. Dans un second temps, nous montrerons ce que la compréhension de ces dynamiques, à la fois sociales et communicationnelles, apporte à la question des conditions et des modalités du transfert des acquis scientifiques et plus globalement à celle de la communication des risques par les institutions.

Madly Etilé est doctorante enseignante-chercheure en Sciences de l’information et de la communication à l’Université des Antilles et membre de l’équipe « Biodiversité, environnements, sociétés, territoires » (BEST) du Laboratoire caribéen de sciences sociales (LC2S). Suite à un mémoire de master consacré à la comparaison des systèmes d’alerte cyclonique de Cuba et de la Martinique, elle s’investit dans l’étude de la communication des risques de catastrophe « naturelle » à travers la réalisation d’une thèse.

Olivier Borraz (CSO/Sciences Po Paris), « Les exercices dans la normalisation des crises », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 7 novembre 2019.

Les exercices de simulation constituent un instrument de plus en plus répandu de préparation à la gestion de crise dans de nombreuses organisations, publiques et privées. À partir de l'exemple des exercices conduits dans la filière nucléaire civile française, la présentation décrira la préparation et le déroulement de ces exercices pour analyser la manière dont ils s'inscrivent dans la gouvernance de cette filière et contribuent à normaliser les accidents extrêmes.

Olivier Borraz s’est dans un premier temps intéressé au gouvernement des risques en santé environnement, tant sous l’angle des controverses et des mobilisations, qu’en étudiant la production de savoirs et d’expertise, le rôle des agences indépendantes, les processus de prise de décision et l’action des acteurs privés. Dans un deuxième temps, ses travaux ont porté sur le gouvernement par le risque, autrement dit l’introduction et l’utilisation au sein de l’administration d’instruments du risque dans différents domaines d’action publique (inondations, santé et sécurité au travail, sécurité sanitaire des aliments, soins, enseignement supérieur), dans une approche comparative entre la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas (projet HowSAFE). Plus récemment, ses recherches ont pris une nouvelle direction. Il analyse la manière dont l’État s’organise et se prépare à gérer des crises de toute nature, avec une étude de cas plus particulière en ce moment dans le domaine de la production nucléaire (projet AGORAS).

Mélanie Pommerieux (LC2S/Université des Antilles), « De la participation aux capabilités : comment intégrer les citoyens aux politiques publiques environnementales ? Études de cas en Afrique du Sud et en France », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 31 octobre 2019.

À partir d’un constat portant sur les limites de la participation environnementale, en termes tant d’inclusion des citoyens que d’adoption de politiques environnementales permettant de répondre aux enjeux actuels, l’intervention propose de discuter du concept de capabilités et de réfléchir à la manière dont il pourrait être mobilisé pour faciliter l’intégration des citoyens à l’élaboration et à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation locales.

L’intervention repose sur la mise en perspective de travaux de thèse et de post-doctorat, respectivement en Afrique du Sud et en France. En Afrique du Sud, la participation publique était envisagée dans les premières années de la démocratie sud-africaine comme un moyen de permettre aux populations vulnérables de s’exprimer et de sortir de l’« apartheid environnemental ». En France, le département de la Seine-Saint-Denis a été particulièrement touché par la canicule de 2003. Des inégalités socio-économiques s’y conjuguent également aux inégalités environnementales.

L’intervention souligne dans un premier temps les limites de la participation environnementale en tant qu’instrument de politique publique. Elle n’a restauré la justice environnementale ni en Afrique du Sud, ni en France. Au lieu d’envisager uniquement les limites procédurales, je poserai la question du « qui » organise la participation, pour quelles raisons, et montrerai l’impact des acteurs sur la forme des dispositifs participatifs. Je discuterai en particulier du recours à différents professionnels de la participation.

Dans un second temps, j’exposerai dans les deux cas qu’alors que les initiatives associatives se multiplient d’un côté, les plans, stratégies et documents politico-administratifs ne cessent de proliférer de l’autre. L’intervention propose alors de réfléchir à la façon dont le concept de capabilités pourrait être opérationnalisé afin d’imaginer et de mettre en œuvre des stratégies d’adaptation « transformationnelle », favorisant la synergie des collectivités et citoyens.

Après l’obtention d’un double Master en sciences et politiques de l’environnement délivré conjointement par l’IEP de Paris et l’Université Pierre-et-Marie-Curie, Mélanie Pommerieux a effectué un stage de recherche en Afrique du Sud pour le CIRAD portant sur l’évaluation d’un processus participatif organisé dans le cadre d’un projet international, AfroMaison. Suite à ce stage, elle a rédigé une thèse, dirigée par Ève Fouilleux et soutenue en août 2017, portant sur La construction de la participation environnementale en Afrique du Sud (Université de Montpellier/CIRAD, UMR G-EAU). Elle a ensuite effectué un post-doctorat pour le CNRS (UMR LADYSS), durant lequel elle a eu la charge de la coordination de l’enquête en sciences sociales du projet CAPADAPT (Adaptation des villes au changement climatique et « capabilités » : vers une approche en termes de développement humain). Elle travaille désormais en tant qu’ATER en science politique à l’Université des Antilles.

2018

Delphine Grancher, Annabelle Moatty, Clément Virmoux (LGP/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Gestion de la crise et post-crise Irma à Saint-Martin, quels enseignements du retour d’expérience mené par le LGP ? », Campus de Fouillole (Guadeloupe), LC2S-ANR TIREX, Université des Antilles, jeudi 22 novembre 2018.

Cette communication est proposée dans le cadre du projet ANR TIREX : Transfert des apprentIssages de Retours d’EXpériences scientifiques pour le renforcement des capacités de réponse et d’adaptation individuelles et collectives dans un contexte de changement climatique (Petites Antilles du Nord – saison cyclonique 2017).

Le 5 septembre 2017, le cyclone Irma a dévasté les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Le cyclone de catégorie 5, le plus puissant ayant touché ce territoire, a laissé derrière lui des dégâts très importants (bâtiments, infrastructures et réseaux impactés à plus de 75 %) et la population dans un état d’insécurité et de risque sanitaire important.

Cet exposé est structuré en trois parties : 1) retracer la chronologie de la gestion de crise, 2) l’éducation nationale et la gestion de crise, 3) la gouvernance post-catastrophe.

1) Retracer la chronologie de la gestion de crise

Nous proposons dans cet exposé de retracer dans un premier temps la chronologie de la gestion de crise à partir des données officielles et institutionnelles recueillies via différents canaux (presse locale et nationale, communiqués de la préfecture et de la Croix-Rouge principalement). Ces données, largement relayées sur les réseaux sociaux ont été recoupées et vérifiées dans le souci de ne conserver que les informations considérées comme fiables. Un effort important a été effectué afin d’intégrer au maximum les composantes temporelles des informations (ouvertures/fermetures des centres d’hébergement, distributions de vivres, etc.). Nous avons intégré ces données dans un SIG dynamique et chronologique permettant une compréhension et une visualisation facilitée des actions spatio-temporelles mises en place pour faire face à la crise. Le résultat prend la forme d’une WebMap chronologique sous ArcGis Online à partir de laquelle l’utilisateur peut interagir.

2) L’éducation nationale et la gestion de crise

Le 3 septembre 2017, alors que le cyclone Irma s’approche de Saint-Martin, le rectorat reporte sine die la rentrée scolaire pour les 8000 élèves et les 800 personnels de l’éducation nationale. Les établissements scolaires sont fermés pour être préparés à leur rôle en temps de crise, celui d’abri cyclonique. Avant même le passage du cyclone, l’éducation nationale se trouve donc au cœur de la gestion de crise. Nous présenterons dans cet exposé comment depuis le passage du cyclone Irma, l’éducation nationale a stigmatisé des tensions qui sont intrinsèques à l’institution locale mais aussi des enjeux d’aménagement et de développement territoriaux. Les conséquences du cyclone Irma sur les établissements sont matériellement énormes, les outils mis en œuvre pour compenser les dégâts en termes de locaux, d’emploi du temps, d’outils pédagogiques et de soutien des personnels permettront-ils de proposer une année scolaire quasi-normale aux enfants de Saint-Martin ? Comment les projets de reconstruction du territoire intègreront-ils les établissements scolaires ? Quelle sera la réaction sur le moyen-terme du corps enseignant déjà peu attiré par les postes sur Saint-Martin ?

3) Gouvernance post-catastrophe

L’île de Saint-Martin, partagée entre les Pays-Bas et la France en 1648, est composée de deux entités territoriales qui jouissent d’une autonomie administrative leur conférant des compétences qui regroupent celles des échelons communaux, départementaux et régionaux. Ainsi, la collectivité territoriale du côté français dispose de la compétence en urbanisme, point crucial de la politique de reconstruction de l’île. D’un point de vue social, Saint-Martin est une île cosmopolite (plus d’une centaine de nationalités) et qui reste en même temps très communautaire. Les spécificités administratives, sociales et territoriales de l’île sont autant de leviers d’action mais aussi de verrous et d’écueils pour mettre en œuvre la reconstruction exemplaire voulue par le pouvoir central. Dans ce contexte spécifique qui est celui d’une collectivité française d’Outre-mer, nous proposons d’analyser les mécanismes de solidarité et les aides qui ont été mis en œuvre pour faciliter la sortie de crise, fournir une assistance au relèvement et préparer la reconstruction post-Irma. Cette étude vise la compréhension de la restructuration de la gouvernance en période post-catastrophe depuis l’échelle nationale jusqu’à celle du quartier. L’analyse de ces mécanismes de solidarité permet de mettre en exergue les contrastes et déséquilibres et, ainsi, de comprendre plus finement d'une part, les processus politiques à l’œuvre dans l’aménagement de ce territoire insulaire, et d'autre part, l'éventail des contraintes et ressources de la société saint-martinoise dans ce contexte de reconstruction.

Laboratoire de Géographie Physique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR 8591 CNRS, 1 place Aristide Briand, 92195 Meudon, France.

Jan Worlein (CERI/Sciences Po Paris), « Représentations et enjeux du risque volcanique en Martinique (2) », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 7 juin 2018.

La communication présente les premiers résultats d’un travail de terrain en cours sur les représentations et enjeux du risque volcanique en Martinique effectué dans le cadre de l’ANR RAVEX (Développement d’une approche intégrée pour la réduction des Risques Associés au Volcanisme EXplosif, de la recherche sur l’aléa aux outils de gestion de crise : le cas de la Martinique). Ce terrain s’intéresse à identifier les acteurs impliqués dans l’appréhension du risque volcanique en Martinique, à cartographier les liens entre ces acteurs, à analyser les processus d’identification, de mesure et de représentation de ce risque, et à rendre compte des enjeux de savoirs dont ils sont porteurs. L’objectif est notamment de comprendre les difficultés liées à la circulation de l’information sur le risque.

La présentation proposera trois pistes. Premièrement, la crise de lahars au Prêcheur depuis le début de cette année permet de restituer l’enchevêtrement des pratiques d’observation pour des fins de recherche fondamentale sur le long terme et une logique de surveillance pour anticiper les lahars en temps réel en vue de protéger les populations contre l’aléa. Deuxièmement, l’intervention s’intéresse à la stabilisation progressive de savoirs scientifiques sur le phénomène ; elle propose, troisièmement, une analyse des dispositifs de mesure et d’alerte associés au phénomène ainsi que des temporalités inscrites dans ces objets.

Jan Worlein, sociologue et politiste, est post-doctorant à l’Institut d’études politiques de Paris. Sa thèse de sociologie, intitulée « Gouverner l’humanitaire. Une sociologie politique du monde des acteurs de l’aide en Haïti (2010-2016) », a été soutenue en 2017 à l’Université Paris-Nanterre. Actuellement, il travaille sur les politiques des risques volcaniques en Martinique. Ces travaux portent sur les modes de gouvernement et les professionnels des urgences et des crises.

Jan Worlein (CERI/Sciences Po Paris), « Gouverner les crises humanitaires en Haïti », séminaire conjoint BEST/FRACAGE, Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 8 mars 2018.

La communication propose de présenter les résultats d’une enquête documentaire et ethnographique prenant pour objet les acteurs du système de l’aide internationale en Haïti entre 2010 et 2016 ainsi que leurs interactions structurées dans l’objectif de faire une sociologie politique de la gestion des crises dans ce pays. L’enquête montre notamment que la multiplication et l’enchevêtrement des domaines de spécialisation de ces acteurs a produit une « bureaucratie de l’urgence » parallèle à l’État haïtien, ce qui entraîne des superpositions et des incohérences dans la gestion et la prévention des crises. La communication analyse le travail de cette bureaucratie pour gouverner l’humanitaire comme un art de gouvernement pour montrer que cet art de gouvernement s’exerce tant sur les humanitaires eux-mêmes que sur les bénéficiaires de l’aide, bien que de manières différentes.

Jan Worlein, sociologue et politiste, est post-doctorant à l’Institut d’études politiques de Paris. Sa thèse de sociologie intitulée « Gouverner l’humanitaire. Une sociologie politique du monde des acteurs de l’aide en Haïti (2010-2016) » a été soutenue en 2017 à l’Université Paris-Nanterre. Actuellement, il travaille sur les politiques des risques volcaniques en Martinique. Ces travaux portent sur les modes de gouvernement et les professionnels des urgences et des crises.

Jan Worlein (CERI/Sciences Po Paris), « Représentations et enjeux du risque volcanique en Martinique (1) », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 1er mars 2018.

La communication présente un travail de terrain en cours sur les représentations et enjeux du risque volcanique en Martinique effectué dans le cadre de l’ANR RAVEX (Développement d’une approche intégrée pour la réduction des Risques Associés au Volcanisme EXplosif, de la recherche sur l’aléa aux outils de gestion de crise : le cas de la Martinique). Ce terrain s’intéresse à identifier les acteurs impliqués dans l’appréhension du risque volcanique en Martinique, à cartographier les liens entre ces acteurs, à analyser les processus d’identification, de mesure et de représentation de ce risque, et à rendre compte des enjeux de savoirs dont ils sont porteurs. L’objectif est notamment de comprendre les difficultés liées à la circulation de l’information sur le risque.

L’occurrence de lahars au Prêcheur depuis le début de cette année constitue une situation de crise permettant d’observer in situ la circulation de l’information et les jeux d’acteurs. Cette opportunité d’enquête permet d’aborder les représentations spécifiques du risque d’éboulement et de glissement de terrains dans le contexte volcanique, les particularités de la communication sur cette forme de risque et la constitution d’un réseau d’acteur ad hoc pendant la crise.

Jan Worlein, sociologue et politiste, est post-doctorant à l’Institut d’études politiques de Paris. Sa thèse de sociologie intitulée « Gouverner l’humanitaire. Une sociologie politique du monde des acteurs de l’aide en Haïti (2010-2016) » a été soutenue en 2017 à l’Université Paris-Nanterre. Actuellement, il travaille sur les politiques des risques volcaniques en Martinique. Ces travaux portent sur les modes de gouvernement et les professionnels des urgences et des crises.

Sandrine Revet (CERI/Sciences Po Paris), « Préparés ou résilients ? Les frictions du monde international des catastrophes », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 1er mars 2018.

À partir d’une enquête ethnographique multi-située menée entre 2008 et 2016 au sein d’un monde social international, que j’appelle le monde des catastrophes « naturelles », la communication propose de présenter les principales ressources auxquelles les professionnels de ce monde ont recours pour agir. Les « cadrages » associent des façons de comprendre et d’expliquer les catastrophes « naturelles », et des modes d’agir associés. Les professionnels des catastrophes mobilisent en priorité deux cadrages : celui de la préparation et celui de la résilience. Les « frictions » (Tsing, 2005) qui sont visibles entre ces deux cadrages n’empêchent pas – et contribuent même – à la production du monde international des catastrophes.

Sandrine Revet est directrice de recherche au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. Anthropologue et spécialisée dans l’étude des catastrophes dites « naturelles », elle a d’abord étudié les coulées de boue de 1999 au Venezuela, dans leur dimension à la fois historique, humanitaire et en suivant les différents aspects de la reconstruction (Anthropologie d’une catastrophe, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2007). Elle a contribué à structurer les recherches sur les catastrophes en anthropologie à travers deux réseaux : l’Association pour la recherche sur les catastrophes et les risques en anthropologie (ARCRA) et le Disaster and Crisis Anthropology Network (DICAN) au sein de l’Association européenne d’anthropologie sociale (EASA). Elle a collaboré à des travaux collectifs, en publiant avec Julien Langumier, Le gouvernement des catastrophes (Karthala, 2013 ; traduit en anglais en 2015, Governing Disasters. Beyond Risk Culture). Ses travaux récents portent sur le monde international des professionnels des catastrophes, ainsi que sur les dispositifs de « réparation » des catastrophes, plus spécifiquement sur le procès Xynthia en France.

2017

Flore Guiffault (EHESS-GSPM), « Du crowdsourcing à l’opendata : émergence et évolution de pratiques de gouvernance géoinformationnelle des risques en Haïti de 2010 à 2016 », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 23 novembre 2017.

L’intervention porte sur l’émergence, la transformation et l’institutionnalisation de pratiques instrumentales fabriquant et/ou utilisant de l’information géospatiale pour prévenir les risques et répondre aux catastrophes en Haïti. Notre analyse s’étend sur la période 2010-2016 pendant laquelle la mobilisation internationale face au tremblement de terre du 12 janvier 2010 a favorisé la création et la diffusion de nouvelles pratiques, fondées sur le crowdsourcing et l’information géospatiale, ouvrant ainsi le marché de la réponse humanitaire à de nouveaux acteurs. Ces pratiques ont nourri les politiques de gestion de risques mises en place suite à la catastrophe dans le cadre de projets de développement avant d'être institutionnalisées, notamment à travers l’open data développé par les organisations internationales et non-gouvernementales et l’État haïtien.

Cette réflexion s’inscrit dans un travail de thèse initié en janvier 2015 dans le cadre duquel ont été effectués deux séjours de recherche en Haïti de six et cinq mois en 2015 et 2017. Ces terrains ont permis de rassembler des documents produits par les acteurs concernés, d’entendre leurs témoignages pour la plupart enregistrés lors d’entretiens et de les accompagner dans leur vie quotidienne et professionnelle pour mieux comprendre leurs pratiques.

Après une première enquête sur les utilisations de la télédétection et des systèmes d’information géographique dans la gestion des risques en Haïti en 2013, dans le cadre d’un master de géopolitique à Paris 1, Flore Guiffault a obtenu une bourse doctorale cofinancée par le CNES (Centre national d’études spatiales) et le bureau d’étude Gefyra, pour une thèse de doctorat en sociologie intitulée : « Des pratiques instrumentales face aux risques : données satellitaires et formes de vie en Haïti », dirigée par Francis Chateauraynaud à l’École des hautes études en sciences sociales.

Catherine Aubertin (IRD-MNHN/Paloc), « Le protocole de Nagoya : enjeux et pratiques de recherche », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 9 novembre 2017.

L’exposé retracera comment a été construit le protocole de Nagoya, résultat de la convergence de plusieurs mouvements dont : les progrès scientifiques des biotechnologies, leur mise en marché, l’extension de la brevetabilité aux composantes du vivant, la montée des revendications autochtones et la légitimation des connaissances traditionnelles.

Il insistera sur les implications du protocole en termes de partenariat et de respect d’une législation complexe en tension avec les deux premiers objectifs de la convention sur la diversité biologique et avec le monde de la recherche. Qu’il y avait-il dans la corbeille de naissance de l’APA (accès et partage des avantages) qui explique les lois qui encadrent désormais la recherche sur la biodiversité ?

Catherine Aubertin, économiste de l’environnement, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (UMR PALOC IRD/MNHN), travaille au Brésil et en Guyane sur les traductions locales des conventions internationales et l’utilisation des outils économiques pour la conservation (marchés, mécanismes REDD, paiements pour services environnementaux, accès et partage des avantages). Elle est "correspondante Nagoya" de l’IRD et membre du comité de rédaction de la revue Natures, Sciences, Sociétés.

Nicolas Rocle (Irstea-Bordeaux/ETBX), « L’adaptation au changement climatique en zones côtières : entre expérimentation et rationalisation de l’action publique. Une comparaison Aquitaine - Antilles françaises », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 19 octobre 2017.

La perspective d’une élévation du niveau marin accélérée par le changement climatique a fait l’objet d’une attention soutenue (notamment par de nombreux États insulaires) depuis les années 1990. Depuis, l’adaptation au changement climatique constitue un « récit d’action publique » qui vise à favoriser, à toutes les échelles d’action publique et de gouvernement, l’anticipation et la préparation face aux risques et aux menaces possibles. À partir d’une comparaison de deux cas d’étude (l’Aquitaine et les Antilles françaises), la communication rend compte de cette mise en récit de l’adaptation au changement climatique dans différents espaces publics et politiques. Nous reviendrons tout d’abord sur les processus ayant conduit à la mise sur agenda de l’adaptation en zones côtières en France. Le traitement des incertitudes scientifiques et leur traduction dans des dispositifs de prévention et de précaution face aux risques littoraux seront ensuite restitués. La comparaison des cas d’étude en Aquitaine et aux Antilles françaises permettra par la suite d’éclairer différents aspects sur les instruments mobilisés pour « rendre gouvernable » l’adaptation sur les territoires littoraux. Nous insisterons sur deux d’entre eux : les incitations à expérimenter de nouvelles mesures d’adaptation (comme la relocalisation des biens et des activités), et les « stratégies d’action publique » dédiées aux risques d’érosion et de submersion marine. À partir des résultats présentés, nous proposerons de nous interroger collectivement sur les effets politiques des discours qui présupposent les territoires ultramarins comme des « pionniers » de l’adaptation au changement climatique.

Nicolas Rocle est ingénieur-chercheur en sociologie à Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture). Ses travaux portent sur la gouvernance de l’adaptation au changement climatique en zones côtières (métropole et Antilles françaises principalement). Il étudie les processus de « mise en politique » de l’adaptation au changement climatique et les dynamiques d’action collective qui sont mises en œuvre pour prévenir et anticiper les conséquences de l’élévation du niveau de la mer. Il a notamment publié : Rocle N. & Salles D., "Pioneers but not guinea pigs": Experimenting with climate change adaptation in French coastal areas, Policy Sciences (2017) ; Rocle N., Bouet B., Chasseriaud S., Lyser S., 2016. Tant qu’il y aura des "profanes"... dans la gestion des risques littoraux. Le cas de l’érosion marine à Lacanau, VertigO, 16, 2 ; Rocle N., Gouverner l’adaptation au changement climatique sur (et par) les territoires. L’exemple des littoraux aquitain et martiniquais, Natures, Sciences, Sociétés, 23, 3 (2015).

Yves Montouroy (Université des Antilles/LC2S-CAGI Guadeloupe), « Étudier le déplacement de l’autorité dans l’économie mondialisée des ressources naturelles : le cas du secteur forestier et du bois illégal », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, LC2S, Université des Antilles, jeudi 18 mai 2017.

Étudier l’accès à une ressource naturelle pose une double question : comment conserver une ressource et prévenir les conflits d’usages ? Comment conjuguer les problématiques nées des controverses locales avec celles nées de dynamiques  propres à la mondialisation, ses chaînes de transformation et les besoins de marchés extérieurs ? Ainsi, il ne s’agit pas uniquement de s’interroger sur la préservation et le respect des droits des populations locales mais de regarder vers des incitants politiques et économiques exogènes et changeants à travers le temps et les espaces politiques. Ce faisant, la gouvernance de ressources naturelles strictement localisées, mais dont l’extraction correspond à des dynamiques mondiales, tels le bois et les minerais, pose notamment la question de l’autorité et de sa capacité à réguler un secteur mondialisé.

L’objet de cette communication est, premièrement, de présenter la recherche réalisée sur l’action européenne contre le commerce international de bois illégal. Il s’agit notamment de revenir sur les tentatives des autorités publiques de revenir de manière coercitive dans la régulation de ce secteur jusque-là dominé par les normes privées. Pour analyser les effets de ce déplacement de l’autorité, nous portons, d’une part, la focale sur la définition multiscalaire de ce changement de politiques publiques et, d’autre part, sur les conflictualités et synergies attendues et inattendues que ce retour a engendrées. Cette recherche s’inscrit dans une approche constructiviste et néoinstitutionaliste de la fabrication des politiques publiques et une méthodologie qualitative mobilisant littératures scientifiques et grises, entretiens semi-directifs avec les représentants des organisations publiques, privées et associatives en présence tant au niveau local et national des pays exportateurs que européens (institutions européennes, ONGE et organisations des entreprises).

Deuxièmement, il sera présenté une tentative de grille d’analyse décloisonnant sociologie des relations internationales et sociologie de l’action publique. L’objectif est de saisir la construction collective de la régulation politique d’un secteur mondialisé au prisme de la circulation des acteurs à travers les échelles de gouvernance tant territoriales et supranationales que sectorielles.

Enfin, il sera présenté un projet de recherche qui prolonge les études précédentes conduites depuis l’UE et l’Afrique centrale à la région Amérique du Sud et Caraïbes. Il portera sur la Guyane et la problématique aurifère dans le Parc Amazonien et son pourtour. Il pose deux questions : comment l’État français investit-il la diplomatie environnementale avec le Brésil et le Suriname sur ces problématiques politiques territoriales et environnementales ? À l’infranational, comment cette problématique transfrontalière est-elle réinsérée dans l’action publique et les mobilisations collectives observées depuis la Guyane ?

Yves Montouroy est docteur en science politique. Sa thèse, réalisée à Science Po Bordeaux s’intitule « Enjeux forestiers globalisés et territoires : les acteurs européens face à la régulation politique des forêts », pose la question de savoir comment la gestion des forêts est construite en problèmes publics européens sectoriels. Trois études de cas ont été successivement mobilisées pour illustrer cette problématique : la politique européenne « énergie-climat » de valorisation de la biomasse forestière, la politique de protection des forêts contre les feux et l’action communautaire contre le commerce international de bois illégal.

De 2013 à 2016, il poursuit ses recherches sur la régulation du bois illégal dans le cadre de l’ANR Circulex. Par la suite, il réinscrit son travail dans les problématiques de maîtrise foncière, des conflits d’usages et de préservation des ressources telles que convoquées dans la diplomatie climatique sur la question de la déforestation tropicale et la définition d’un Mécanisme de Réduction des Emissions des GES liées à la dégradation des forêts et à la déforestation (REDD+). Il fera avancer ce projet comme Visiting fellow à l’Institute for European Studies à la Vrijke Universiteit Brussels en 2016.

2016

Céline Granjou (Irstea-Grenoble), « Co-produire les savoirs de la biodiversité : entre écologisation et technicisation », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, CRPLC, Université des Antilles, jeudi 1er décembre 2016.

Le livre que je présente aujourd’hui, intitulé « Micropolitiques de la biodiversité. Experts et professionnels de la nature», s’inscrit dans une interrogation sur les effets du recadrage de la protection de la nature lié à l’introduction et au succès de la notion de biodiversité. L’ouvrage décrit la montée d’une nouvelle norme de gestion experte de la biodiversité qui tend à s’imposer à un nombre toujours plus grand d’acteurs, d’activités et d’institutions, via la constitution de nouveaux instruments et dispositifs techniques ainsi que de la professionnalisation de nouveaux corps de métiers et de savoirs et de métiers. Mais il défend en même temps l’idée que la gestion de la biodiversité relève moins de l’imposition d’une norme technocratique et gestionnaire unilatérale, que du déploiement d’une pluralité de micro-politiques expérimentales où se jouent simultanément la fabrication de savoirs inédits pour la gestion de la biodiversité et la (re)définition des identités et des positionnements d’une variété d’acteurs. L’ouvrage s’ancre dans un travail empirique approfondi documentant une série de dynamiques situées de rapprochement entre monde de la protection de la nature, monde agricole et monde de la recherche au sein d’« espaces frontières » localisés, situés pour partie dans les Alpes françaises.

Après avoir présenté le propos général de l’ouvrage, je développerai un exemple de co-production des savoirs de gestion de la biodiversité entre chercheurs, gestionnaires et agriculteurs en décrivant l’investissement du Parc Naturel Régional des Bauges dans une entreprise de production de connaissances et de preuves quant au rôle bénéfique du pâturage pour la conservation de la biodiversité. Ce cas d’étude me permettra de décrire le cadre de compréhension plus général que j’ai cherché à élaborer pour rendre compte des dynamiques de rapprochement entre monde de la protection de la nature, monde agricole et monde de la recherche qui se sont multipliées à la faveur de la mise à l’agenda de la gestion de la biodiversité. Je terminerai en pointant la manière dont ce type de cas d’étude a également servi de laboratoire pour développer la notion d’engagement épistémique qui vise à mieux appréhender la place des activités d’expertise et de support à la gestion dans les recherches sur la biodiversité.

Céline Granjou est directrice de recherche en sociologie à Irstea-Grenoble et chercheuse associée au CNRS. Auteure de nombreux articles scientifiques, elle s’intéresse aux politiques et aux sciences de la biodiversité et leurs interfaces, aux évolutions du rapport à la nature, à l’expertise, aux risques et au changement global.

Plus d’info : https://sites.google.com/site/celinegranjouwebsite/

Matthieu Noucher (CNRS-Passages), « Gouvernance informationnelle de l’environnement et partage en ligne des données publiques. Politiques et pratiques de l’Open Data environnemental (Amérique du sud - France) », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, CRPLC, Université des Antilles, jeudi 24 novembre 2016.

Matthieu Noucher est chargé de recherche CNRS en géographie (UMR 5319 Passages). Ses recherches portent sur l’évolution des représentations de l’espace à travers l’analyse des nouvelles modalités de production, d’utilisation et de diffusion de l’information géographique numérique. Il s’intéresse en particulier à la dimension politique et sociale des changements dans la représentation géographique du monde liés au développement des usages des technologies de géolocalisation et à l’intrusion des non-spécialistes dans la production cartographique (projets de sciences citoyennes, de cartographies participatives ou collaboratives, de contre-cartographies, etc.). Ses travaux se concentrent en particulier sur les formes de représentations cartographiques contemporaines qui circulent sur Internet, pour étudier le contexte social et les systèmes de domination idéologique et/ou politique qui y sont associées, ou encore à examiner des formes (géo-)médiatiques alternatives aux productions dominantes.

2015

Virginie Tournay (CNRS-Cevipof), « Le traitement politique de l’incertitude scientifique. Le cas de l’intervention humaine sur la biodiversité », Faculté de droit et d’économie de la Martinique, CRPLC, Université des Antilles, vendredi 20 mars 2015.

On assiste depuis ces quarante dernières années à une forte exigence de démocratisation des choix scientifiques et techniques faisant appel à des débats publics sur les formes de gouvernabilité adaptées aux biotechnologies, et plus largement aux interventions humaines sur l’environnement. Si cette démocratisation de la science ressort aujourd’hui comme une évidence partagée dans une société globalement marquée par des revendications pluriséculaires de démocratie, les ressorts de son fonctionnement sont néanmoins à interroger.

En m’appuyant sur différents cas de ces « politiques du vivant » dont l’objectif est d’encadrer les interventions humaines sur la biodiversité, cette communication vise à montrer qu’un grand nombre de malentendus publics se situe dans une confusion sociale entretenue autour de certains termes techniques. On assiste fréquemment à des amalgames entre ce qui relève de l’évaluation des risques, et qui est donc susceptible de faire l’objet de mesures politiques concrètes ; et ce qui relève de l’incertitude technique/ologique inhérente à toute vie collective et sur laquelle aucune action n’a une prise réelle, en dehors de celle de tout arrêter.

L’administration des organismes génétiquement modifiés ou de la trithérapie, de même que la prévention des phénomènes naturels tels que les séismes ou les épidémies révèlent des situations dans lesquelles il est impossible d’anticiper ou de décider collectivement. Par exemple, les controverses liées à la bio-ingénierie sont très marquées par cette confusion des registres car elles concernent des phases expérimentales de l’innovation, des études d’impact ou des propriétés d’un produit pour lesquelles l’intervention politique ne repose sur aucune recommandations scientifiques possibles. Il en est de même pour l’affaire emblématique de l’Aquila qui invoqua la responsabilité de séismologues pour ne pas avoir été en mesure d’anticiper la survenue de phénomènes qui n’étaient pas possible d’anticiper scientifiquement.

À partir de ces cas de figure, on montrera que les présuppositions participatives de la démocratie technique ne sont pas compatibles avec les situations d’incertitude technique.

Biologiste de formation initiale avec un diplôme d’étude approfondi consacré à l’étude de la Cellule Normale et Pathologique à l’Université de Paris V René Descartes (1998), puis une maîtrise de sociologie dans cette même université, un diplôme d’étude approfondi, un doctorat de Science-Politique obtenu à l’Université de Paris I - Panthéon Sorbonne (2005) et un post-doc à l’université de McGill (Montréal), Virginie Tournay est chargée de recherche au CNRS depuis 2006. Elle est affectée au CEVIPOF depuis le 1er octobre 2013.

Après l’Université de Paris 1 et à l’École des Mines de Paris, elle a rejoint Sciences Po Grenoble où elle enseigne les approches pragmatiques de l’action publique et la sociologie des controverses scientifiques. Elle a exercé des fonctions d’expertise au sein du comité opérationnel d’éthique du CNRS (COPE) et du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). Elle a obtenu la médaille de bronze du CNRS en 2011 pour ses travaux dans le domaine de la sociologie des institutions. Ses développements théoriques (émergence, dynamique, changement, transfert et design des agencements sociaux) s’appuient sur des réflexions épistémologiques issues d’autres sciences telles que la biologie évolutive. Sa thématique de recherche porte sur l’encadrement des biotechnologies (médicales, agricoles et alimentaires). Les innovations biotechnologiques définissent un laboratoire social de prédilection pour suivre et expérimenter les émergences et transitions institutionnelles, en raison des difficultés de mise en œuvre et des controverses sociales qu’elles suscitent régulièrement.

Elle dirige un Programme International de Collaboration Scientifique (PICS CNRS) avec une collègue anthropologue de l’université de Montréal, Annette Leibing, consacré à une étude comparée de gouvernance des réseaux émergents franco-canadiens sur les cellules souches (Stem Cell Governance as a social laboratory for testing institutional transitions. Comparative studie of franco-canadian emerging networks), qui mobilise l’IRSTEA, le laboratoire PACTE et l’INSERM. La consolidation de ce partenariat international résulte de recherches qu’elle a menées dans le cadre de programmes soutenus par l’Agence Nationale de la Recherche, les Instituts de Recherche en Santé du Canada et un PEPS CNRS (Projet Exploratoire Premier Soutien). Par ailleurs, elle dirige une recherche portant sur la construction des opinions publiques liées à ces biotechnologies à partir d’un projet européen récemment obtenu au CEVIPOF (EuCeLLEX : Cell-Based regenerative medicine: new challenges for EU legislation and governance) et coordonné par l’INSERM.